Leucémie des enfants, riverains exposés, périodes d'épandage : les risques des pesticides et ce que changent les préparations de plantes en vigne.
Le danger d'un traitement de la vigne pour les personnes qui vivent à côté se mesure désormais grâce aux chiffres d'études récentes. Elles portent sur les cancers chez l'enfant et sur l'exposition des riverains en France et en Valais, qui augmente pendant la saison des traitements. Les protections suisses dépendent du produit, et le bio, la biodynamie ou les préparations de plantes ne signifient pas l'absence de traitement.
Chez les enfants, la recherche a établi un lien entre les pesticides et certains cancers pédiatriques. Cela ne permet pas pour autant de chiffrer le risque près d'une parcelle donnée. Pour lire ces résultats correctement, il faut séparer ce qui est établi pour l'ensemble des expositions de ce qui est observé autour des vignes.

L'expertise collective de l'Inserm publiée en 2021 conclut à une présomption forte de lien entre l'exposition aux pesticides pendant la grossesse ou l'enfance et certains cancers pédiatriques. Les leucémies et les tumeurs du système nerveux central en font partie. Cette présomption porte sur l'ensemble des expositions étudiées. Elle n'attribue donc à aucun traitement viticole précis la maladie d'un enfant.
La grossesse et la petite enfance demandent donc une attention particulière. Les jeunes enfants touchent davantage le sol, la poussière et les surfaces : ils y prennent des résidus en jouant, puis les portent à la bouche avec leurs mains.
En France, l'étude Géocap-Agri observe que le risque de leucémie chez l'enfant augmente avec la surface de vignes proche du domicile. Pour la leucémie aiguë lymphoblastique, une densité de vignes plus élevée de 10 % dans un rayon de 1 000 mètres correspond à un OR de 1,06. L'OR (odds ratio) mesure l'écart de risque entre deux groupes. Son intervalle de confiance à 95 %, de 0,99 à 1,13, rend cette association statistiquement non concluante.
Ce signal reste collectif. Il ne donne pas le risque individuel d'un enfant qui habite près d'une vigne suisse et ne permet pas d'attribuer une maladie à une parcelle précise.
Tout repose sur une distinction : le danger tient aux propriétés toxiques d'une substance. Le risque pour la santé dépend en plus de la quantité reçue, de la voie d'exposition et de la durée. Pour cette raison, aucun classement universel des pesticides « les plus dangereux » ne vaut indépendamment de ces conditions.
Il faut également distinguer trois questions : la présence d'un produit dans l'environnement, l'exposition d'une personne et un effet sur sa santé. Détecter une substance ne prouve pas qu'une dose dangereuse a été reçue ni qu'une maladie en découle.
L'étude valaisanne PARVAL l'illustre. Elle ne trouve aucune association à court terme avec les symptômes respiratoires aigus étudiés. Quelques liens apparaissent entre le propiconazole ou le métalaxyle et de légères baisses de paramètres pulmonaires, mais ils dépendent des modèles statistiques et ne s'accompagnent pas de symptômes significatifs. L'étude ne permet aucune conclusion sur le long terme.
Deux études récentes ont relevé ce que les riverains respirent, touchent et éliminent. L'une a été menée dans des régions viticoles françaises, l'autre dans trois communes du Valais. Leurs résultats concordent : les personnes qui vivent près des vignes sont davantage exposées, en particulier pendant la saison des traitements.
Menée par Santé publique France et l'Anses en 2021–2022, l'étude PestiRiv a suivi 1 946 adultes et 742 enfants sur 265 sites, répartis dans six régions viticoles. Elle a comparé des habitants installés à moins de 500 mètres des vignes avec des personnes vivant à plus de 1 000 mètres de toute culture. Au total, 56 substances ont été recherchées dans les urines, les cheveux, les poussières et l'air.
Pour certains pesticides, les niveaux mesurés dans les urines des voisins des vignes dépassaient de 15 à 45 % ceux des personnes vivant loin des cultures. Entre mars et août, ils pouvaient être jusqu'à 60 % plus élevés qu'en dehors de la période de traitement. Le lien entre le traitement des vignes et la santé des riverains passe d'abord par ces écarts d'exposition.
La contamination des poussières est encore plus nette : elle va de quelques pourcents à plus de 1 000 % au-dessus des niveaux de comparaison, selon les substances. Pendant les traitements, elle peut augmenter jusqu'à 700 %. Les cheveux et l'air intérieur contenaient aussi davantage de substances différentes, et l'air ambiant était plus chargé dans les zones viticoles.
En Suisse, PARVAL a suivi 206 enfants de 6 à 13 ans dans trois communes viticoles et arboricoles du Valais, sur quatre périodes entre janvier et juin 2024. Les enfants portaient des bracelets en silicone et passaient des analyses d'urine, des questionnaires et des mesures pulmonaires. Sur 81 pesticides recherchés, 36 ont été détectés au moins une fois. Chaque enfant présentait au moins une détection, avec en moyenne 14 substances différentes, entre 1 et 32 selon les enfants.
Six de ces substances, toutes des fongicides, ont été retrouvées chez plus de 40 % des enfants. Les détections augmentaient d'avril à juin 2024 par rapport à janvier et février. Elles variaient aussi selon la proximité du domicile avec les cultures et la surface agricole aux alentours.
La première voie est la dérive, c'est-à-dire la part de la pulvérisation que l'air emporte hors de la parcelle. Selon le vent, la distance et les conditions d'application, elle peut atteindre les jardins, les fenêtres, les terrasses et les espaces de jeux. Le ruissellement, lui, transporte les substances par les eaux de surface.
Les riverains peuvent aussi être en contact avec des dépôts sur les surfaces, des poussières ou des plantes traitées, sans jamais manipuler les produits. Un bracelet comme ceux de PARVAL indique donc les substances présentes autour de l'enfant, mais pas la dose qu'il a réellement inhalée.
Ces voies d'exposition varient au fil de l'année, parce que les traitements phytosanitaires suivent la vie du vignoble. Leur nombre, leur moment et les substances employées dépendent de nombreux paramètres. Ces repères vous aident à comprendre ce qui se passe autour d'une parcelle, sans tirer de conclusion trop rapide.
En Suisse romande, les interventions contre les maladies se concentrent surtout pendant la végétation, au printemps et en été. Aucun calendrier de traitement de la vigne ne vaut pour toutes les parcelles. Plusieurs facteurs font varier le nombre de passages et les produits utilisés :
La météo joue un rôle central. Agroscope utilise un réseau de 172 stations météorologiques pour prévoir certains risques, notamment le mildiou, grâce à ses outils d'aide à la décision. Ces prévisions ne recensent toutefois pas les traitements réellement appliqués.
La protection de la vigne fait appel à des fongicides contre le mildiou et l'oïdium. Elle utilise aussi des insecticides ou des acaricides contre certains ravageurs et, dans certains cas, des herbicides pour entretenir le sol.
Dans certaines situations, les fongicides sont difficiles à supprimer totalement. Lorsque la météo leur est favorable, le mildiou et l'oïdium touchent les feuilles comme les grappes, et une récolte peut alors être compromise.
Parmi les substances citées dans les stratégies viticoles figurent le cuivre, le soufre, le folpel et le fosétyl-aluminium. L'autorisation d'un produit en Suisse et son usage exact se vérifient dans l'index en vigueur de l'OSAV.
Voir passer un pulvérisateur ne suffit pas à identifier les pesticides épandus : il peut aussi s'agir d'une préparation non synthétique. Une odeur ou un passage de tracteur ne prouvent rien de plus. De son côté, l'index de l'OSAV présente les produits autorisés, leurs usages, leurs classifications et leurs restrictions, mais il n'indique pas ce qui a été appliqué sur une parcelle donnée.
Puisqu'une pulvérisation ne dit pas tout, le cadre légal devient utile. Le droit suisse prévoit des mesures de protection pour les voisins des vignes. Celles-ci dépendent du produit, et vous pouvez aussi faire des démarches de votre côté.
En Suisse, aucune distance nationale unique ne supprime le risque pour toutes les vignes et tous les produits phytosanitaires. La protection repose sur plusieurs niveaux :
Ces zones tampons sont prévues dans les instructions de l'OSAV sur les produits phytosanitaires datées du 12 juin 2026. La distance à respecter près de votre logement dépend donc du produit appliqué.
Vous pouvez demander à l'exploitant ou au service cantonal quel produit a été appliqué et à quelle date. L'accès à un document officiel précis dépend toutefois du droit applicable et de ses exceptions. Pour que votre demande puisse être vérifiée, préparez ces informations :
Si vous soupçonnez une dérive, le signalement s'adresse au service cantonal compétent. Indiquez le lieu, la date, l'heure et les faits observés. Si possible, ajoutez des photographies prises depuis un endroit autorisé, sans vous exposer.
Pendant une pulvérisation proche, éloignez temporairement les enfants de la zone directement exposée et mettez à l'abri les jouets qui pourraient recevoir des gouttelettes. Ces gestes réduisent les contacts sans offrir une protection absolue. Ensuite, se déchausser à l'entrée, limiter la poussière domestique et éviter que les enfants portent des objets souillés à leur bouche réduit certaines expositions. Aucun de ces gestes ne remplace la prévention de la dérive à la source.
Des symptômes après une exposition possible justifient un avis médical. Une gêne respiratoire importante relève des services d'urgence. À l'inverse, l'absence de symptômes ne prouve pas l'absence d'effet à long terme.
Ces précautions ne remplacent pas une réduction à la source, et les méthodes naturelles visent justement cette réduction. Leur effet sur l'exposition des riverains reste toutefois à nuancer. Les préparations de plantes, le bio et la biodynamie ne garantissent pas une absence de traitement. La différence tient aux substances employées et aux quantités autorisées.
Ces préparations peuvent compléter une stratégie de protection. Leur efficacité varie toutefois selon la maladie, la recette, le moment d'application et la pression d'infection. Elles se présentent sous plusieurs formes :
Côté réglementation, la liste de l'OSAV du 2 juin 2025 cite des extraits et des purins d'ortie, sans valider tous les usages artisanaux. Depuis le 1er décembre 2025, certains produits composés uniquement de substances de base approuvées figurent dans une liste séparée de l'index suisse. Aucune donnée ne montre que les versions artisanales d'ortie ou de prêle réduisent systématiquement le risque pour la santé des riverains.
La viticulture biologique et la biodynamie excluent les produits de synthèse que leurs règles n'admettent pas, mais elles peuvent utiliser du cuivre et du soufre. Le cuivre pose un problème particulier : il s'accumule dans les couches superficielles du sol et présente des risques pour les organismes aquatiques. Les principes de la viticulture biodynamique encadrent donc son usage de façon plus stricte.
Les plafonds le montrent. La norme internationale Demeter 2026, détaillée dans le guide de la certification Demeter, fixe en principe 3 kg de cuivre par hectare et par an en moyenne sur sept ans. Une dérogation est possible pour la vigne soumise à une forte pression fongique.
| Référentiel | Limite de cuivre | Condition |
| Demeter 2026 (cultures pérennes) | 3 kg/ha/an | Moyenne sur sept ans |
| Demeter 2026 (dérogation vigne) | 4 kg/ha/an | Moyenne sur sept ans, forte pression fongique |
| Bio européen (comparaison) | 6 kg/ha/an | Sous réserve des règles applicables |
Un label vérifiable apporte donc une garantie que la seule mention « vin naturel » n'offre pas. vins-authentiques rappelle que les certifications Demeter et Biodyvin font l'objet de contrôles annuels. À la vigne comme en cave, il s'agit de deux choses différentes : un domaine conduit en bio et en biodynamie peut produire un blanc biodynamique sans soufre ajouté, mais l'absence de soufre ajouté concerne la vinification, pas les traitements de la vigne.
En complément des labels, la protection intégrée existe en Suisse depuis les années 1950. Elle consiste à observer la culture, à anticiper les organismes nuisibles et à ne traiter que lorsque c'est nécessaire. La surveillance des risques, les cépages résistants, l'enherbement, le désherbage mécanique et la confusion sexuelle, qui perturbe la reproduction de certains insectes, offrent des alternatives qui réduisent le recours aux pesticides. Elles ne suppriment pas toutes les interventions dans chaque vignoble.
Il reste à limiter ce qui sort de la parcelle. Les haies, les filets brise-vent et les dispositifs anti-dérive réduisent ces transferts. Les agences françaises qui ont mené PestiRiv recommandent aussi de réduire les quantités de substances actives et de prévenir les riverains avant les traitements.
Certains échantillons de l'étude valaisanne contenaient des substances interdites d'usage agricole en Suisse. Ces détections ne prouvent pas une utilisation illégale : elles peuvent venir d'une contamination ancienne ou d'une autre source.
Le résultat se lit en fonction des substances recherchées, de la méthode, de la période de prélèvement et des limites de détection. Un résultat négatif isolé n'exclut pas toute exposition. À l'inverse, une analyse positive ne prouve pas automatiquement que la substance vient de la parcelle voisine.
vins-authentiques conseille de chercher le logo Demeter sur l'étiquette, puis de demander au fournisseur une attestation de conformité Demeter en cours de validité. Cette certification repose sur un contrôle annuel des parcelles et des documents du domaine.