Portrait d'Éric Texier et de Laurence Texier, vignerons à Brézème et dans la vallée de l'Ouvèze : des vins du Rhône aux levures indigènes, sans filtration ni collage.
Il y a 20 ans, devenir vigneron était la grande aventure dans laquelle se sont lancés Éric Texier et Laurence Texier. Un rêve pour des amateurs de vin passionnés, sans aucun antécédent familial proche de la vigne : Éric était auparavant ingénieur dans l'industrie nucléaire. Pas à pas, le domaine s'est construit et compte aujourd'hui 12 ha sur l'appellation confidentielle de Brézème, dans le Rhône nord, et en Ardèche voisine, dans la vallée de l'Ouvèze.
Leurs approches et leur philosophie sont nées de cheminements personnels, de lectures, de rencontres avec des vignerons emblématiques à travers le monde et avec des agriculteurs non conventionnels. Éric Texier a d'abord renoncé à acheter des vignes : il sélectionnait des parcelles dont il achetait les raisins pour les vinifier, avant de passer peu à peu à l'exploitation de vignes en propriété ou en location.
Le domaine est établi sur deux terroirs bien distincts dans le nord de la vallée du Rhône : Brézème dans la Drôme, sur la rive gauche du Rhône, et la vallée de l'Ouvèze en Ardèche, sur la rive droite. Ces deux secteurs figurent sur les cartes viticoles, mais ils sont presque oubliés en raison de leur petite superficie et de leur isolement. Brézème a pourtant le droit d'accoler son nom à l'appellation Côtes du Rhône.
Brézème est un coteau calcaire orienté au sud, dernière arête du Vercors à l'embouchure de la Drôme. Ses sols argilo-calcaires le distinguent du granite qui domine le Rhône septentrional. De l'autre côté, autour de Saint-Julien-en-Saint-Alban, la vallée de l'Ouvèze marque la séparation géologique entre le Massif central et les Cévennes. Le vignoble, orienté au sud, occupe un flanc granitique couvert de schistes et de gneiss, avec quelques îlots calcaires.
Éric et Laurence Texier travaillent en agriculture biologique depuis l'origine, et leurs méthodes tendent vers l'agroécologie : enherbement, non-labour, travail manuel, vendanges à la main. Sur les deux rives du fleuve, ces vieilles vignes ont de 30 à 90 ans. En complément, de nouvelles plantations de cépages blancs, roussanne et clairette, entrent progressivement en production.
Leur style de vinification est traditionnel et très minimaliste : levures indigènes, macérations en grappes entières, pas de soufre sur les vendanges ni sur les moûts. L'élevage se fait en cuves béton ou en foudres pendant 10 à 48 mois selon les cuvées, sans filtration ni collage, et sans aucun intrant jusqu'à l'embouteillage. Pour les blancs, les grappes entières passent au pressoir vertical, puis tous les blancs effectuent leur fermentation malolactique sur lies fines.
L'ajout de sulfites à l'embouteillage est possible, sans être systématique. Il reste toujours minimal et dépend de la cuvée, du millésime et du terroir. Environ 20 % des vins peuvent être embouteillés sans sulfites, sans qu'il s'agisse d'une posture de principe, une approche décrite dans le guide des vins sans sulfites ajoutés.
Les principales cuvées rouges et blanches proviennent des vignobles de Brézème et de la vallée de l'Ouvèze, exploités aujourd'hui par leur fils Martin, qui s'est installé à son tour. La syrah ancestrale appelée vieille serine donne un rouge tendu, épicé et de longue garde : la cuvée Vieille Serine de Brézème. En blanc, une ancienne variété de roussanne, appelée roussette sur place, est élevée en partie en amphores de terre cuite : c'est le blanc Vieille Roussette de Brézème.
Le domaine d'Éric Texier produit aussi quelques cuvées de Côte-Rôtie et de Châteauneuf-du-Pape, en rouge et en blanc, à partir de vendanges achetées à des vignerons amis. Ces vignerons partagent la même philosophie : agriculture paysanne, désherbage mécanique, cuivre et soufre uniquement.
Trouver une cave adaptée à leurs souhaits n'a pas été la moindre difficulté. Ce n'est qu'en 2020 que Martin a pu entreprendre la construction d'une véritable cave au pied des vignes. Entre-temps, la cave de vinification est restée à Brézème et la cave d'élevage s'est installée à Charnay, au nord de Lyon, où se trouve la maison familiale. Enterrée et datant du XVIe siècle, la cave de Charnay offre un lieu idéal pour élever les vins en foudres, en demi-muids ou en cuves béton.
Chaque année, ils mettent tous leurs efforts à faire des vins qui leur ressemblent, portés par le terroir et par le millésime. Aujourd'hui encore, ils sentent qu'ils ont beaucoup à comprendre de leurs sols, de leurs vins et de la nature qui les entoure, pour mieux le partager et le transmettre.
Ils veulent agir pour que la vigne et le vin surmontent les grands changements environnementaux et climatiques. Ils souhaitent réimplanter des cépages historiques capables de s'adapter, réapprendre les gestes paysans du greffage et du marcottage, et aider les sols à nourrir et fortifier les vignes. C'est encore le début d'une histoire.